Est-ce que tu peux faire confiance à ce que ChatGPT te répond ? Franchement, non, pas les yeux fermés. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est OpenAI, le fabricant lui-même.
Le problème, ce n’est pas que ChatGPT se trompe : c’est qu’il se trompe exactement sur le même ton que quand il a raison. Ça a déjà coûté une amende à un avocat, un procès à une compagnie aérienne, et trois semaines d’hôpital à un homme de 60 ans. Voilà les trois histoires, et surtout la méthode que j’enseigne en atelier : trois gestes, deux minutes, pour faire le tri entre ce que tu peux utiliser et ce que tu dois vérifier. Tout fonctionne avec la version gratuite.
Tout l’article est dans la vidéo, et tout ce qui suit se lit sans la regarder : choisis ce qui te convient.
Pourquoi ChatGPT invente, et pourquoi ça ne se voit pas
Tout le monde se trompe, l’être humain aussi. Ce qui change ici, c’est l’emballage : même assurance, même vocabulaire, même mise en page bien propre. Rien ne clignote quand la réponse est fausse.
Dans sa propre étude, OpenAI reconnaît que la machine est entraînée un peu comme un élève à un examen : plutôt que de rendre copie blanche, elle préfère répondre quelque chose.
Deux mécaniques expliquent le reste :
- Il prédit, il ne réfléchit pas. Tu demandes la couleur du ciel, il enchaîne « le ciel est bleu » parce que c’est la suite la plus probable. Il n’a ni intuition, ni conscience, ni doute. Dans « intelligence artificielle », il y a « artificielle ».
- Il se base sur ce qui existe sur Internet. Si une information fausse traîne sur le web, il peut la reprendre, te la présenter proprement, et même te fournir le lien. Le lien existe vraiment, l’information est fausse quand même.
Dans la vidéo, je commence par lui demander trois décisions de justice françaises récentes sur des litiges de voisinage, avec leurs références précises. Il m’en sort trois, très propres. Reste à aller voir, une par une, si elles existent.
Puis je fais un deuxième test : je lui demande les dates importantes de l’église d’une commune que j’ai inventée. Là, il répond honnêtement qu’il ne trouve rien de fiable. Sauf que ce n’est pas une preuve de sérieux : il ne trouve rien parce qu’il n’existe aucun article sur le sujet. Si demain quelqu’un publie un article inventé sur cette église, il te le récitera avec le même aplomb.
Et c’est écrit noir sur blanc en bas de ton écran : ChatGPT peut faire des erreurs, vérifie les informations importantes.
Trois histoires vraies, trois dégâts bien réels
La théorie, c’est bien. Les conséquences, c’est plus parlant.
2023, un avocat de New York. Il dépose devant le tribunal six décisions de justice fournies par ChatGPT. Il avait même pensé à lui demander si elles étaient vraies, et ChatGPT lui a confirmé que oui. Elles étaient toutes inventées. Résultat : 5000 dollars d’amende pour lui et son cabinet. Un chercheur français recense ce type d’affaires : rien qu’au printemps 2026, il en comptait plus de 1600, et le compteur grossit. Depuis décembre 2025, des tribunaux français ont aussi épinglé des dossiers, du côté de Périgueux, Grenoble ou Bordeaux.
Une compagnie aérienne et son robot d’assistance. Un homme vient de perdre sa grand-mère. Le robot lui invente une règle de deuil qui n’existe pas. La compagnie refuse ensuite de payer, alors il plaide devant le tribunal. Là, l’argument du « le robot serait une entité à part entière » a été balayé. Désormais, l’entreprise répond de ce que sa machine raconte. C’est comme un chien : si tu ne le tiens pas en laisse et qu’il finit par mordre, c’est toi le responsable, pas lui. En informatique, on le disait déjà autrement : le problème n’était pas l’ordinateur, mais la personne assise devant.
Une affaire publiée en août 2025, un Américain de 60 ans. Il veut réduire son sel et interroge ChatGPT. Il retient qu’on peut remplacer le chlorure par du bromure. En chimie industrielle, c’est exact. Dans une assiette, non. Trois mois plus tard : hallucinations, paranoïa, trois semaines d’hôpital, avec une intoxication qu’on voyait au début du 20e siècle et qu’on ne voyait pratiquement plus aujourd’hui. L’IA n’avait pas tort, elle a répondu hors contexte, sans jamais demander pourquoi il posait la question. Un médecin, lui, aurait commencé par demander pourquoi.
Là non plus, il ne s’agit pas de blâmer l’outil : ce qui a manqué, c’est la façon de poser la question et le réflexe d’aller voir un spécialiste. La conclusion tient en une ligne : si des professionnels se font avoir, toi aussi tu peux te faire avoir.
Geste 1 : exige les sources, puis ouvre-les une par une
Ça paraît évident, et pourtant c’est l’étape que presque tout le monde saute.
La phrase à copier, telle quelle, juste après sa réponse :
D’où viennent ces informations ? Donne-moi tes sources précises et dis-moi lesquelles tu as pu réellement consulter.
Ensuite vient la vraie partie. Beaucoup ouvrent un seul lien, voient que le site existe, et concluent que tout est bon. C’est de la surface. Quand ça compte pour toi, tu cliques sur le premier lien, puis le deuxième, puis le troisième, et tu regardes si l’information annoncée est bien dedans.
Ça prend deux minutes. Si tu ne les prends pas, tu ne pourras pas te plaindre du résultat.
Geste 2 : la question retournée
Celui-là est très puissant, et il ne coûte qu’un copier-coller. Au lieu de vérifier tout seul dans le vide, tu obliges ChatGPT à relire sa propre réponse.
Avant que j’utilise ta réponse : qu’est-ce qui pourrait être faux ou dépassé là-dedans ? Qu’est-ce que tu n’as pas pris en compte ? Sur quel point es-tu le moins sûr ?
Souvent, il repasse lui-même sur les points fragiles de sa réponse et te liste les principaux risques.
Attention quand même, et c’est important : ne prends pas non plus cette relecture pour argent comptant. Parfois le raisonnement est bon, parfois il invente encore, parfois il s’appuie sur une mauvaise information. Ce geste réduit le risque, il ne le supprime pas. À la fin, c’est toi qui décides si tu utilises la réponse ou non.
Geste 3 : santé, argent, droit → 30 secondes sur le site officiel
Il n’existe pas que l’intelligence artificielle. Sur les sujets sérieux, la vérification la plus rapide reste la source officielle.
Tu ouvres une nouvelle fenêtre et tu vas voir toi-même : Ameli pour la santé, le site des impôts pour la fiscalité, le site officiel de l’organisme concerné pour le reste. Et si tu ne trouves pas la réponse exacte, tu appelles le numéro gratuit indiqué sur le site officiel, tu auras une réponse adaptée à ta situation.
Deux précisions qui comptent :
- Récupère toujours le numéro sur le site officiel, jamais dans une réponse ou un article trouvé au hasard. Des escrocs publient de fausses informations exprès, pour que tu récupères leur numéro, que tu appelles et que tu te fasses avoir.
- Sur un sujet très documenté, il n’y a pas de problème. Sur un sujet pointu, où il existe très peu de choses sur Internet, tu vérifies.
Pour la santé, les droits et les démarches, ChatGPT c’est le début du chemin, le reste est à toi de le faire. Il ne remplace ni le spécialiste, ni l’être humain : sur un problème de santé, tu prends d’abord rendez-vous, et tu poses tes questions à l’IA à côté si tu veux. Et en cas d’urgence de santé, tu composes le bon numéro, comme d’habitude.
Le réglage bonus : la phrase qui le force à avouer ses doutes
Voilà le meilleur pour la fin. Une phrase à donner une seule fois, et ChatGPT te signalera de lui-même quand il n’est pas sûr.
Dans toutes tes réponses, quand tu n’es pas certain d’une information, signale-le clairement, et termine par ce que je dois contrôler à la source avant de m’en servir.
À partir de là, il adapte ses réponses : il marque ce dont il n’est pas certain et il te dit, en fin de message, ce que tu dois contrôler toi-même.
C’est confortable, mais garde la tête froide : ça t’aide à repérer les zones à risque, ça ne garantit pas que le reste soit exact. Les trois gestes restent la base, le réglage est le filet en plus.
L’esprit critique passe avant l’outil
C’est le point que je n’avais pas prévu de développer, et c’est peut-être le plus important de toute la vidéo.
Prends deux personnes qui demandent une recette à l’IA. Un cuisinier renommé va peut-être galérer au début, mais il verra ce qui cloche, corrigera, et sortira un bon plat. Quelqu’un qui n’a jamais cuisiné de sa vie va appliquer la réponse telle quelle, et le résultat ne sera pas terrible. Même outil, même réponse, résultat opposé. La différence, c’est la base.
C’est pareil pour l’écriture : avant de taper sur un ordinateur, on apprend à écrire à la main. Ça paraît tout bête, mais c’est l’apprentissage qui te construit. Toutes les expériences où tu as galéré t’ont rendu plus fort. Si tu as le résultat sans le cheminement, ton cerveau ne travaille pas, et tu ne peux plus juger si la réponse tient debout.
Je vois beaucoup de jeunes dire « c’est trop facile, j’ai la réponse tout de suite ». Sauf qu’ils n’ont pas appris la base. Et devant un devoir à la maison, personne ne se dit spontanément « je vais utiliser mon cerveau plutôt que d’avoir la réponse tout de suite et d’aller jouer ». L’être humain va à la facilité, c’est normal. Mais si tu y vas tout le temps, ton cerveau s’habitue et oublie certaines facultés.
L’objectif n’est ni « je suis pour, c’est magique », ni « je suis contre, c’est nul ». L’outil est là, il faut trouver le juste milieu et s’en servir avec sa propre éthique, de manière respectueuse.
Pour apprendre, tu as deux chemins, et aucun n’est mauvais. Tout seul, avec des vidéos et de la pratique : tu paies avec ton temps. Accompagné : tu paies avec ton argent, mais tu vas beaucoup plus vite. Je prends souvent l’exemple du karaté. Si tu apprends seul, sans professeur, tu vas y passer des mois et des années, et tu ne seras jamais aussi bon. Si Jackie Chan te coache directement, il te donne ses meilleurs conseils et t’évite les erreurs qu’il a faites.
Il y a deux types de personnes : celles qui te vendent du poisson, et celles qui t’apprennent à pêcher. Moi, mon objectif c’est que tu maîtrises l’IA de manière consciente, sans dépendre de qui que ce soit.
Et si tu veux la brancher sur ta vie à toi, la question à lui poser est celle-ci, en remplaçant par ta situation :
Je suis boucher, je travaille ici, voilà ce que je fais au quotidien et ce que j’aime faire. Comment est-ce que je pourrais mettre en place l’intelligence artificielle dans mon domaine d’activité ?
L’IA s’adapte très bien, mais uniquement si tu lui donnes le contexte. Si tu ne lui dis rien, elle ne peut pas deviner.
L’antisèche à garder sous la main
Avant d’utiliser une réponse de ChatGPT sur un sujet qui compte :
- Les sources → demande-les, et ouvre-les une par une.
- La question retournée → qu’est-ce qui pourrait être faux ? Qu’est-ce que tu n’as pas pris en compte ?
- Santé, argent, droit → 30 secondes sur le site officiel.
- Le réglage → quand tu n’es pas sûr, dis-le clairement.
- Urgence de santé → tu composes le bon numéro, point.
Le but n’est pas de devenir paranoïaque. Sur une petite blague envoyée à un ami, tu ne vérifies rien. Sur un mail professionnel pour ton patron, un dossier, une démarche ou un sujet de santé, tu prends deux minutes. C’est toi qui juges, parce que c’est toi qui connais ta situation.
L’IA reste un outil exceptionnel, je m’en sers tous les jours. Ces trois gestes ne suppriment pas le risque d’erreur, ils le font nettement baisser. Et une vidéo regardée puis refermée sans rien appliquer ne sert à rien : essaie au moins un des trois gestes aujourd’hui.
Questions fréquentes
Pourquoi ChatGPT invente des réponses fausses ?
Parce qu’il prédit la suite la plus probable au lieu de réfléchir, et parce qu’il se base sur ce qui existe sur Internet, fausses informations comprises. OpenAI le reconnaît : la machine est entraînée comme un élève à un examen, et plutôt que de rendre copie blanche, elle préfère répondre quelque chose.
Comment vérifier une réponse de ChatGPT ?
Trois gestes, deux minutes. Un : demande les sources et ouvre-les une par une, pas seulement la première. Deux : pose la question retournée, qu’est-ce qui pourrait être faux ou dépassé. Trois : sur la santé, l’argent et le droit, va vérifier 30 secondes sur le site officiel.
Est-ce qu’on peut faire confiance aux sources que ChatGPT donne ?
Pas automatiquement. Le lien peut exister et l’information être fausse quand même, parce qu’il reprend parfois un article inexact trouvé sur Internet. Il faut ouvrir les liens un par un et vérifier que l’information annoncée est bien dedans.
Faut-il vérifier toutes les réponses de ChatGPT ?
Non, l’objectif n’est pas de devenir paranoïaque. Sur un texte sans enjeu, une idée ou une blague, tu ne vérifies pas. Dès que c’est sensible, santé, argent, droit, démarches ou crédibilité professionnelle, tu vérifies.
Quelle phrase écrire pour que ChatGPT signale quand il n’est pas sûr ?
Copie ceci une seule fois : dans toutes tes réponses, quand tu n’es pas certain d’une information, signale-le clairement, et termine par ce que je dois contrôler à la source avant de m’en servir. Il marquera ensuite ses zones de doute, sans pour autant garantir le reste.
Est-ce que ChatGPT peut remplacer un médecin ou un avocat ?
Non. Un homme de 60 ans a fait trois semaines d’hôpital après avoir appliqué une réponse exacte en chimie industrielle mais dangereuse dans une assiette, et un avocat de New York a écopé de 5000 dollars d’amende pour des décisions de justice inventées. ChatGPT, c’est le début du chemin, le spécialiste reste indispensable.
