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Article n°18

Mon père a testé ChatGPT à 65 ans : ses 3 règles pour débuter

Par Alexis Lopez Marques · · 10 min de lecture

Mon père a 65 ans. Il a été forgeron, puis soudeur sur robot, puis représentant. Il a vu arriver les premières machines, la programmation, et l'informatique dans les années 90.

Cette fois, c'est l'intelligence artificielle. Il l'a testée pendant sept jours, et je l'ai filmé pour qu'il raconte lui-même ce qu'il en pense.

Ce n'est pas un tuto. C'est un vrai retour d'expérience, avec ses trois règles, ses réserves, et une phrase qui revient tout le temps chez lui : c'est un outil. Tout ce dont il parle fonctionne avec la version gratuite.

Tout l’article est dans la vidéo, et tout ce qui suit se lit sans la regarder : choisis ce qui te convient.

Ce qu'il pensait de l'IA avant d'essayer

Il ne partait ni enthousiaste, ni méfiant. Il partait avec une comparaison :

Je me disais, bon voilà, c'est encore quelque chose qui va dans le même sens que l'informatique. C'est pour avancer, pour gagner du temps.

Et il a un souvenir précis de la dernière fois qu'une technologie est arrivée comme ça :

C'était plus compliqué à l'époque parce qu'il n'y avait justement personne pour nous expliquer, on tombait de haut.

C'est peut-être la phrase la plus importante de toute la vidéo. Ce qui rendait l'informatique difficile en 1990, ce n'était pas l'informatique. C'était l'absence de quelqu'un pour montrer.

Sa conclusion tient en une ligne :

Ça évolue, la technologie, il faut prendre le train en marche.

Règle 1 : le privé reste dehors

C'est la première chose qu'il a posée, sans que je lui demande de faire attention :

Je suis d'une ancienne génération, je n'aime pas mettre ma vie privée déjà sur les réseaux sociaux. Donc tout ce qui est privé, tout ce qui est personnel vraiment, je ne le mets pas.

Il ne s'interdit pas de s'en servir pour autant. Il s'en sert pour ce qui n'engage rien :

Je vais simplement l'utiliser pour me faire gagner du temps, ou pour me faire une synthèse de ce que j'ai besoin. Et puis après, je regarde, je vois si ça correspond.

C'est exactement le bon réflexe, et il n'a eu besoin d'aucun réglage technique pour l'avoir. Il a simplement transposé une habitude qu'il avait déjà avec les réseaux sociaux.

Règle 2 : savoir ce qu'on veut avant de demander

Quand je lui ai demandé sa méthode pour formuler une demande, il n'a pas parlé de l'outil. Il a parlé de préparation :

La méthode, c'est comme tout. Déjà au départ, c'est de savoir ce qu'on veut. C'est de préparer quelque chose en écrit, avoir quelque chose de clair pour la demande, par rapport aux compétences que l'on a, par rapport à ce que l'on veut. Il faut que ça soit clair par rapport au projet.

Beaucoup de gens bloquent devant la page blanche en se disant qu'ils ne savent pas quoi écrire. Sa réponse est que le problème n'est pas là : si la demande n'est pas claire dans ta tête, aucune formulation ne la sauvera.

Et si tu ne sais vraiment pas quoi lui demander, il y a une sortie simple : explique-lui ta situation et ton métier, et demande-lui dans quels domaines il pourrait t'aider. Tu n'es pas obligé d'arriver avec la bonne question, tu peux la chercher avec lui.

Règle 3 : recroiser avec ce que tu sais déjà

C'est la règle qui évite de gober une erreur. Et là encore, il raisonne avec un réflexe qu'il avait déjà :

C'est un outil. Il va nous donner des informations, c'est un peu comme on fait une recherche sur Internet. Si on a déjà des compétences, une expérience dans tel ou tel domaine, après il faut recroiser ça avec notre compétence, ce que l'on sait.

Et ce qu'on fait ensuite, concrètement :

Reformuler une question, ou aller chercher d'autres sources, de manière à ce que ça soit le plus précis possible par rapport à nos attentes.

Deux gestes, donc : reformuler quand la réponse est à côté, et aller voir ailleurs quand elle touche à quelque chose d'important. Ce n'est pas une méthode compliquée, c'est de la vigilance ordinaire.

« On n'est jamais trop vieux » : sa réponse

Je lui ai posé la question qui revient le plus souvent en commentaire : que répondrait-il à quelqu'un de son âge qui dit que ce n'est plus pour lui ?

On n'est jamais trop vieux pour quoi que ce soit. Le tout, c'est simplement : est-ce qu'on suit le courant, est-ce qu'on est curieux, est-ce qu'on est alerte ?

Il ne présente pas ça comme une question de génération, mais de tempérament :

Il y a des gens qui sont plus moteurs que d'autres, mais c'est toujours la même chose : ne pas avoir peur. Essayer, ça n'engage à rien.

Et il ajoute un argument auquel on ne pense pas toujours. Quelqu'un qui n'est pas à l'aise avec l'informatique a peut-être plus à y gagner qu'un autre, parce que tout est numérisé :

Que ça soit les retraites, que ça soit pour payer les factures, l'IA peut l'amener à évoluer dans ce sens-là, être plus à l'aise, avoir moins peur.

De la forge à l'informatique : il a déjà vécu ça

Son parcours explique son calme. Il a changé d'outil plusieurs fois dans sa vie professionnelle :

Je suis un manuel, j'étais forgeron. Au début on forge à la main, ensuite viennent les premières machines, ensuite j'étais sur robotique de soudure, donc là il y avait la programmation. Et ensuite dans les années 90, quand j'étais représentant, l'informatique est arrivée.

Il se souvient très bien du choc :

Avant que l'informatique arrive, on faisait tout à la main : les rapports de visite, les devis. Au début c'était un petit peu complexe parce qu'on n'avait pas de formation. Il y avait ce qu'on appelait le bureau, on devait mettre ci et ça. Le cerveau n'était pas programmé pour ça. Donc il a fallu comprendre cette logique petit à petit, puis s'y mettre.

Et sa mise en perspective, qui vaut pour tous ceux qui trouvent que ça va trop vite aujourd'hui :

Ça a été un bouleversement énorme, comme Internet. Et là, ce n'est pas plus révolutionnaire que l'informatique quand c'est arrivé.

L'IA est-elle un danger ? Sa nuance

Il refuse de trancher en bloc, et il le dit clairement :

Être nuancé, c'est être modéré. Ce n'est pas blanc, ce n'est pas noir. Il faut être curieux, il faut essayer, et ensuite se faire sa propre opinion.

Sur le danger pour l'humanité, sa réponse est non, mais avec des réserves nommées : la robotique, la suppression de postes dans certains domaines. Ce qui compte pour lui, c'est ce qu'on garde :

Il faut être dans la création, on peut être créateur, c'est-à-dire garder sa part de création, sa part d'humanité, et puis s'en servir comme outil.

Et la phrase qu'il répète le plus dans toute l'interview :

Garder sa liberté d'être, ça c'est très important. Rester objectif, et ne pas avaler tout comme du pain béni.

Il pense d'ailleurs que la peur elle-même est un sujet en soi :

Ce n'est pas forcément qu'ils ont peur de l'IA. Dans la vie les gens ont peur, et cette peur, on s'en sert pour amener les gens à faire certaines choses, ou faire passer certains messages.

L'emploi : sa réponse à ceux qui ont peur pour leur poste

Sur ce point, il ne cherche pas à rassurer :

C'est un fait, on ne va pas mentir là-dessus, l'intelligence artificielle va supprimer énormément de postes.

Puis il pose l'alternative telle qu'il la voit :

Soit tu vas te former à l'intelligence artificielle, et tu vas pouvoir rester dans cette entreprise, continuer à t'améliorer. Ou sinon tu feras probablement quelque chose d'autre qui est moins en lien avec l'intelligence artificielle. Mais dans tous les cas, tu vas devoir évoluer.

Il ajoute une remarque qui compte, sur ce qui fait la valeur d'une entreprise :

La richesse d'une entreprise, c'est les gens qui travaillent dans l'entreprise.

Autrement dit : l'outil ne remplace pas ce qui fait la valeur, mais il déplace ce qu'on attend de toi.

Les enfants : le seul point où il est catégorique

C'est le seul moment de l'interview où il ne nuance pas :

Pour les enfants et les jeunes, c'est interdit. Parce que l'être humain, quand il apprend, surtout quand il est jeune, il doit apprendre la base : les maths, le français, à écrire.

Sa raison est précise, et elle ne parle pas de l'outil mais du cerveau :

Si on utilise l'intelligence artificielle pour les jeunes, ça va donner directement le résultat, la récompense, sans que la personne apprenne.
Le cerveau, c'est comme un muscle. Il faut lire, il faut apprendre quand on est enfant.

Ce qu'il redoute, ce n'est pas la mauvaise réponse, c'est ce qui n'est plus fabriqué : le sens critique, le doute, le libre arbitre. Et il renvoie la responsabilité là où elle est :

C'est la responsabilité des parents, de l'éducation qu'elle soit familiale, de l'instruction au niveau de l'école.

La règle générale qu'il en tire vaut aussi pour les adultes : avant de bien utiliser l'IA sur un sujet, il faut déjà avoir des compétences sur ce sujet, ou commencer par les apprendre.

Comment commencer, concrètement

Sa recommandation tient en deux chemins, et il ne pousse ni l'un ni l'autre :

Si derrière cet écran tu as peur, je t'invite à te renseigner, à regarder des vidéos, à aller chercher toi-même l'information. Ensuite tu peux aussi te faire accompagner.

Et une insistance, répétée trois fois dans l'interview : il faut être accompagné au début.

Il ne faut pas commencer à faire n'importe quoi. Il faut être accompagné par des gens qui maîtrisent, de confiance, et après on se fait sa propre opinion.

De mon côté, le conseil que je donne toujours pour la mise en route : cinq minutes par jour valent mieux qu'une heure d'un coup. Le cerveau s'habitue par accumulation, pas par à-coups. La première fois que tu as conduit, que tu as marché, tu as eu peur aussi. C'est devenu normal parce que tu as recommencé.

Et pas besoin de payer pour démarrer. Renseigne-toi d'abord avec ce qui est gratuit, et ne prends un abonnement que si tu en as vraiment l'usage.

Ce qu'il faut retenir

Ses trois règles, dans l'ordre :

  1. Le privé reste dehors. Ce qui est personnel ne va pas dans la machine, exactement comme sur les réseaux sociaux.
  2. Sais ce que tu veux avant de demander. Une demande claire dans ta tête avant d'être claire à l'écran.
  3. Recroise avec ce que tu sais. Reformule si la réponse est à côté, va vérifier ailleurs si le sujet compte.

Et son mot de la fin, sur ce qu'il espère de tout ça :

C'est une question d'évolution, c'est une question de bienveillance, c'est une question de partage, pour avancer toujours, avec que chaque personne garde son esprit critique.

Questions fréquentes

Faut-il payer pour commencer à utiliser ChatGPT ?

Non. Tout ce dont il est question dans cette vidéo fonctionne avec la version gratuite. Son conseil est même de commencer par se renseigner avec des contenus gratuits, et de ne prendre un abonnement que si l'usage le justifie vraiment.

Est-ce qu'on est trop vieux pour se mettre à l'IA à 65 ans ?

Sa réponse est non : « on n'est jamais trop vieux pour quoi que ce soit ». Pour lui la vraie question n'est pas l'âge mais la curiosité, et il rappelle que ChatGPT est sorti fin 2022 : personne n'a beaucoup d'avance.

Que faut-il éviter de mettre dans ChatGPT ?

Tout ce qui relève du privé et du personnel. Sa règle est simple et il l'applique sans réglage technique : ce qu'il ne mettrait pas sur les réseaux sociaux, il ne le met pas dans l'IA non plus.

Comment vérifier qu'une réponse de ChatGPT est juste ?

En la recroisant avec ce qu'on sait déjà, puis en reformulant la question ou en allant chercher une autre source. C'est sa troisième règle, et c'est celle qui évite de prendre une erreur pour une information.

À partir de quel âge peut-on laisser un enfant utiliser l'IA ?

C'est le seul point sur lequel il est catégorique : pas les enfants. Son argument est que l'IA donne le résultat sans que l'enfant apprenne, alors que le cerveau se construit comme un muscle, par l'effort. Il renvoie la décision aux parents et à l'école.

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